Dimanche 7 septembre 2008, 20 heures 10.
Pour la première fois depuis leur inauguration en 1913, les arènes de Dax viennent de vivre un moment exceptionnel : la grâce d’un toro de combat. En l’occurrence, celle d’un toro de Victoriano del Rio, combattu par le torero Miguel Angel Perera…
Au cours du dernier tiers, celui de la faena de muleta, Desgarbado, c’est son nom, qui s’était montré distrait à la cape et discret à la pique, étale tout à coup une extraordinaire noblesse. Répétant les charges, soutenant le rythme imposé par le torero, Desgarbado enthousiasme les huit mille spectateurs présents, au point que certains se mettent bruyamment à réclamer l’indulto, la vie sauve pour le petit toro. La Présidence de la course, formée ce jour-là de trois aficionados très compétents, résiste longuement à la volonté populaire, considérant que ce toro n’a pas été suffisamment piqué pour mériter l’indulto. Mais la foule a ses raisons et ses exigences : impossible de lutter contre tous ou presque, et le mouchoir orange tombe, même à contrecœur…
Au-delà de l’anecdote de ce toro particulier, dont l’émission du 7 mars raconte l’aventure, cet épisode de « l’indulto de Dax » permet de se pencher sur la question de l’évolution du premier tiers de la corrida, consacré aux piques, de la définition même de la bravoure, que l’on a tendance à confondre de plus en plus souvent avec la noblesse, et des goûts et des exigences du public, qui évoluent avec la société…
Nous vous proposons donc ici un dossier complet sur Desgarbado, le petit toro qui n’en demandait pas tant, avec des interviews de toreros, d’éleveurs, et de personnalités du mundillo, ainsi que les extraits d’articles de presse parus à l’occasion de ce qui restera, pour l’histoire et quoi qu’on en ait, le premier indulto d’un toro dans une des grandes arènes du Sud Ouest…
Commençons par le toro : voici une interview, par Zocato, d’Andrès Tirado Suarez, le mayoral de l’élevage de Victoriano del Rio, le vacher de Desgarbado, qui nous emmène visiter son toro, six mois après la corrida de Dax, et nous donne de ses nouvelles…
Certains prétendent que le premier à avoir crié pour demander l’indulto de Desgarbado, ce dimanche 7 septembre à Dax, fut le torero colombien César Rincon, assis au premier rang des gradins. C’est loin d’être sûr. Ce qui est certain, en revanche, c’est que César Rincon a fait partie de ceux qui se sont bruyamment manifestés pour accompagner cette demande de grâce. Et que six mois après, interrogé en Colombie par Zocato dans son élevage, il est toujours persuadé qu’il fallait le faire…
Olivier Baratchart est directeur des arènes de Bayonne. Il est aussi ancien torero. Il revient, dans cet entretien, sur la signification de l’indulto, et sur l’évolution de la sensibilité du public, qui lui fait plus souvent, depuis quelques années, demander la grâce pour les animaux les plus nobles…
Julien Lescarret est, ne l’oublions pas, le premier torero à avoir indulté un toro dans une arène du Sud Ouest. C’était à Eauze, le 3 juillet 2005, un exemplaire de Javier Perez Tabernero. Malheureusement, les blessures de Gironcillo étaient trop profondes, et l’éleveur commis l’erreur de vouloir le ramener aussitôt sur ses terres : l’animal ne put survivre. Julien Lescarret n’a pas assisté à la corrida de Dax. Voici l’indulto d’Eauze et un entretien sur Desgarbado…
Roger Merlin n’était pas à Dax, le 7 septembre dernier. Représentant la Fédération des Sociétés Taurines de France, il juge pourtant très sévèrement cet indulto, qui met en péril, selon lui, l’avenir même de la corrida. Avec le bureau de la FSTF, Roger Merlin a, cet hiver, décerné le prix du « plus mauvais geste taurin de l’année, aux responsables de l’indulto de Dax en septembre, pour avoir gracié un toro qui n’avait pas le dixième des qualités requises pour l’être ! »
Alvaro Cuvillo est l’héritier de la ganaderia andalouse de Nuñez del Cuvillo, une des les plus recherchées par les vedettes pour la noblesse de ses toros. C’est l’élevage que José Tomas voulait imposer à Séville pour la corrida du Corpus, le 12 juin, qu’on lui proposait de combattre. Dans cet entretien, réalisé après la grâce d’un de ses toros, par ce même José Tomas, le 20 septembre à Barcelone, Alvaro Cuvillo donne sa définition de la bravoure : ce n’est plus à la pique qu’on la voit le mieux, dit-il, mais dans la muleta, lorsque le toro est le plus soumis. Il convient donc de peu piquer les toros pour préserver ce derniers tiers. Cette interview est remarquable de cette nouvelle tendance chez les toreros vedettes, et les ganaderos qui travaillent pour eux à élever des toros « collaborateurs ». Ce nouveau credo représente l’idéologie de la corrida moderne, contre laquelle se battent les aficionados a los toros, ceux qui veulent préserver la sauvagerie du toro (parfois jusqu’au désavantage du torero) et qui ont vu dans la grâce de Desgarbado le signe de cette décadence-là…
Une visite au campo des quatre toros de Zalduendo qui ont été graciés en 2006 : un record. Dans ce reportage de Face au toril (n°198, février 2007, réalisation Michel Dumas) le ganadero Fernando Domecq souhaite que l’ « indulto » devienne la règle, et non plus l’exception. Faenas de Ponce et de Liria à Murcia le 11 septembre 2006. Ce jour-là, deux toros de Zalduendo ont été graciés dans la même corrida !
Enfin, pour mémoire, et pour rajouter un peu d’huile sur le feu, voici la vidéo de l’indulto d’un petit novillo sans picador, gracié à Bayonne le 4 septembre 2007 par le jeune novillero sévillan Pepe Moral…
Des toros indultés, il y en avait déjà eu en France, dans les arènes du sud-est. A Nîmes bien sûr, où le 1er juin 2001 par exemple, pendant la féria de Pentecôte, Enrique Ponce gracia Descarado, un autre toro de Victoriano del Rio. Dans ce sujet de Face au Toril (n°148, octobre 2001, réalisation Michel Dumas), on le retrouve quatre mois après dans la petite arène de Medianillos, la finca de Victoriano, à Guadalix de la Sierra. L’éleveur nous donne ses définitions de la bravoure, de la bonté et de la sauvagerie…
Cet indulto de toro de Dax a tant fait parler que nous finirons sur les images sans commentaires de Michel Dumas - No comento- , prises du callejon avec les éleveurs de Victoriano del Rio père et fils...
Et pour que le dossier soit complet, nous vous proposons un choix non exhaustif mais contradictoire d’articles de presse et de réactions parus dans les jours et les semaines qui suivirent cette corrida, désormais historique, du dimanche 7 septembre à Dax :
- Marc Lavie (Semana Grande, 8 septembre 2008)
- André Viard (Terres Taurines, 8 septembre 2008)
- Zocato (Sud Ouest, 8 septembre 2008)
- Jean-Michel Mariou (Naturelles de Face, 8 septembre 2008)
- El Batacazo (Campos y ruedos, 14 septembre 2008)
- Jean-Jacques Baylac (Sud Ouest, 9 octobre 2008)
- Jean-Jacques Dhomps ( Fédération des Sociétés Taurines de France, 7 novembre 2008)
- Mario Tisné (Ancien président de l’ANDA, 19 novembre 208)
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Les pépites du site :
Michel Dumas, auteur des No comento (un très court – et délicieux - métrage vidéo accompagné d’un texte minimaliste) et Zocato, auteur des À bien y regarder (un texte bref – et délicieux – accompagné d’une photo) À visiter ... |